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Semaine de la responsabilisation de l’Iran – Elizabeth May – Incarcérée pour son art

Posted on 8 mai 2015

Nous ignorons si Atena Farghadani – peintre, militante et prisonnière politique iranienne de 28 ans – est encore en vie. Arrêtée pour la seconde fois en janvier, elle aurait été transférée à l’hôpital le 26 février, selon les dernières nouvelles. Elle a été victime d’un arrêt cardiaque après avoir entrepris une grève de la faim en signe de protestation contre sa détention injuste, et sa vie est désormais entre les mains de ceux qui l’ont emprisonnée pour avoir exprimé ses opinions par l’art.

Atena Farghadani a été placée en détention une première fois en août 2014. Les gardiens de la révolution ont perquisitionné sa maison, lui ont confisqué ses effets personnels et lui ont bandé les yeux avant de l’emmener à la tristement célèbre prison d’Evin. Placée en isolement pendant cinq jours, elle a été transférée dans la population générale pour retourner de nouveau en isolement pendant 10 autres jours après avoir entamé une grève de la faim. Elle n’a appris que plus tard quel était son crime contre le régime iranien : on l’accuse de « diffusion de propagande contre le régime » et d’« insulte envers les députés par le biais de peintures » pour avoir publié sur Facebook une caricature qu’elle avait dessinée.

Étant députée, je suis très au fait des droits et privilèges accordés aux élus dans une démocratie libérale. Nous ne sommes pas à l’abri des moqueries. La caricature de Mme Farghadani dépeint les députés iraniens comme des animaux en train de voter sur une question controversée relevant des relations conjugales : l’interdiction de la stérilisation volontaire, ou vasectomie. Sa caricature – plutôt inoffensive selon les critères canadiens – était trop menaçante pour que l’on en fasse fi.

Dans un message vidéo que Mme Farghadani a diffusé à la fin décembre, après sa première libération sous caution, elle décrit les mauvais traitements que lui ont fait subir les gardiens de prison. Durant plus d’un mois et demi, elle a été battue, soumise à des fouilles corporelles dégradantes et interrogées neuf heures par jour. Malgré tout, elle a réussi à faire de l’art avec des gobelets de carton qu’elle récupérait dans les poubelles de la salle de bain, ce qui témoigne de sa ténacité.

À l’aube de la troisième année au pouvoir du président Hassan Rouhani, l’espoir que nourrissaient de nombreux observateurs de le voir entreprendre de profondes réformes politiques dans le pays commence à s’étioler. Malgré des efforts louables en début de mandat – la nomination d’un conseiller spécial sur les minorités ethniques et religieuses et la révision du code de procédure pénale –, l’épouvantable réalité de bien des Iraniens n’a guère changé selon un rapport d’Amnistie Internationale.

Les minorités religieuses sont toujours victimes de profonde discrimination sociale, politique et économique : les baha’is se voient systématiquement refuser l’accès aux études supérieures, les soufis et les musulmans sunnites sont gravement persécutés pour leurs croyances, et toutes les minorités ethniques et religieuses vivent sous la menace d’être exécutées pour le crime capital d’« inimitié envers Dieu ».

L’accès à un avocat lors de l’arrestation ne se fait pas en temps opportun et n’est pas non plus garanti. Les détenus sont systématiquement torturés en toute impunité. Le Code pénal iranien impose encore des peines draconiennes à ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas se conformer à l’interprétation étroite que fait le régime du code de conduite islamique.

L’histoire d’Atena Farghadani met en lumière bon nombre de ces politiques rétrogrades de l’État iranien. Atena Farghadani a été interrogée à répétition à cause de son militantisme en appui au peuple baha’i et à la Révolution verte de 2009. Elle n’a pas eu droit à un avocat tout au long de sa détention, et il n’est pas certain qu’elle ait reçu les soins médicaux urgents dont elle a besoin. Dans une lettre ouverte à l’ayatollah Khomeini, dans laquelle elle se défend des accusations portées contre elles, elle écrit qu’elle sera « jugée par un tribunal qui pue l’injustice ».

La Semaine de la responsabilisation de l’Iran est l’occasion d’unir nos voix et d’appeler à un Iran plus responsable. Tout en reconnaissant que l’ingérence de l’Occident dans les affaires iraniennes a eu par le passé des conséquences désastreuses, nous ne devons jamais fléchir et cesser de réclamer le respect des droits de la personne pour tous les peuples dans tous les pays. Les Iraniens méritent mieux de la part de leur gouvernement.

À la suite d’une entente de principe sur un accord nucléaire entre l’Iran et les pays du P5+1, fruit d’inlassables efforts diplomatiques, la promesse du progrès de l’Iran n’a jamais été aussi grande. Si nous saluons ce que nous espérons être le début de la fin de l’isolement de l’Iran contemporain, nous devons néanmoins redoubler d’efforts afin d’inciter le pays à prendre des mesures concrètes pour améliorer son bilan en matière de droits de la personne. Les Iraniens n’ont aucun intérêt à être isolés, pas plus qu’ils n’ont d’intérêt à ce que l’Occident engage un dialogue avec le gouvernement iranien sans même réclamer le respect des droits de la personne de tous les citoyens iraniens.

Je presse les autorités iraniennes de libérer immédiatement et sans condition Atena Farghadina. Par l’exercice pacifique de son moyen d’expression, elle fait preuve de courage et de force malgré l’intolérable cruauté. Elle doit payer « pour avoir défendu son peuple sans défense qu’elle aime », pour reprendre ses mots. Puisse‑t‑elle être la dernière prisonnière de conscience et redevenir une femme libre.

Elizabeth May est chef du Parti vert du Canada et députée de Saanich‑Gulf Islands.

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