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Badawi et l’Arabie saoudite – Pendant ce temps, nous vendons des armes à ce pays!

Posted on 12 juin 2015

(Tel que paru dans Le Devoir)

Lorsque j’ai appris que le Canada avait accepté de vendre à l’Arabie saoudite des véhicules blindés légers, mes pensées se sont tournées vers Raïf Badawi. Pour avoir créé un forum en ligne, Raïf croupit dans une prison saoudienne depuis 2012. Il a été condamné, il y a un an, à 10 ans de réclusion et 1000 coups de fouet, dont il a reçu les 50 premiers en janvier.

Les séances de flagellation subséquentes ont été reportées, mais, le 7 juin, la Cour suprême saoudienne a confirmé la sentence, ce qui fait craindre que les séances puissent reprendre dès ce vendredi.

Son cas revêt un intérêt particulier pour nous, son épouse Ensaf et leurs trois jeunes enfants étant réfugiés à Sherbrooke. J’ai eu le privilège de me joindre à Ensaf à Ottawa, plus tôt cette année, pour participer à une journée d’action pour Raïf. Lors de ses rencontres avec des députés, elle a plaidé de façon passionnée et convaincante en faveur d’une implication canadienne directe.

A cet égard, certains gestes du Parlement ont été encourageants. En février, le Sous-comité des droits internationaux de la personne a voté à l’unanimité pour ma motion demandant aux autorités saoudiennes  » de mettre fin aux châtiments corporels de Raïf Badawi, d’abolir sa peine, de le libérer et de lui permettre de retrouver sa famille au Canada « . En avril, la Chambre des communes a adopté à l’unanimité une motion […] exhortant le gouvernement saoudien à cesser la punition de Raïf et à le libérer immédiatement.

Pourtant, l’approche du gouvernement canadien est préoccupante. Ses porte-parole se sont bornés à demander la  » clémence  » pour Raïf, ce qui pourrait ne signifier qu’un allègement de sa peine. A maintes reprises, j’ai demandé au gouvernement d’exiger sans équivoque la libération immédiate et inconditionnelle de Raïf, son exonération et sa réunification avec sa famille au Québec ; à maintes reprises, le gouvernement m’a resservi sa phrase toute faite.

La timidité du gouvernement était déjà assez inquiétante. Mais voilà que […] le Canada vend 15 milliards de dollars de matériel militaire au régime responsable de ses supplices.

Le gouvernement a d’abord refusé de dire s’il avait évalué la transaction sous l’angle des droits de la personne, comme le requièrent les règlements des Affaires étrangères. Le ministre du Commerce international affirme que cette évaluation a été faite et que, étonnamment, la vente respecte les politiques  » en matière d’affaires étrangères et de défense ainsi que les droits de la personne « .

Cette évaluation — que le gouvernement refuse de divulguer — constituerait une lecture fascinante, au regard de la situation déplorable des droits de la personne en Arabie saoudite. Freedom House, qui classe les pays en fonction des droits politiques et des libertés civiles, place l’Arabie saoudite parmi les régimes les plus répressifs. […].

Sous le système saoudien d’apartheid sexuel, les femmes ne peuvent se déplacer, étudier ou subir certains traitements médicaux sans le consentement d’un homme de leur famille. Le rapport 2014 de Human Rights Watch conclut que l’Arabie saoudite a augmenté ses arrestations et accusations de dissidents pacifiques et qu’elle a dispersé par la force des manifestations non violentes. […] Ce pays est un des seuls recourant encore aux exécutions et aux châtiments corporels publics. Ceux qui ont maille à partir avec les autorités peuvent être mutilés ou décapités sur la place publique, leurs corps ensuite exposés au-dessus de toiles de plastique recueillant le sang. Si conclure un contrat d’armement avec un tel régime respecte les politiques canadiennes, il faut se poser de sérieuses questions sur les principes et priorités qui les sous-tendent.

Selon le ministère des Affaires étrangères, le gouvernement ne permet pas l’exportation de biens militaires vers des pays  » où les droits humains de leurs citoyens font l’objet de violations graves et répétées de la part du gouvernement, à moins qu’il puisse être démontré qu’il n’existe aucun risque raisonnable que les marchandises puissent être utilisées contre la population civile « . Dans ce cas-ci, le gouvernement insiste : une telle démonstration a été faite… mais doit demeurer confidentielle. Autrement dit, il faut croire sur parole que les armes que nous vendons à un État affichant l’un des pires bilans au monde en matière de droits de la personne seront utilisées dans le respect de ces droits. Ensaf et ses enfants doivent essayer de vaquer à leurs activités quotidiennes pendant que le gouvernement de leur pays d’adoption arme le régime qu’ils viennent de fuir, qui tient en otage leur époux et père et le menace d’encore 950 coups de fouet. Parce qu’il avait un blogue.

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